« Il pleuvait des oiseaux » de Jocelyne Saucier

2048x1536-fit_pleuvait-oiseauxJocelyne Saucier est une romancière québécoise. Voilà que je découvre par les temps qui courent les écrivains québécois. Pur hasard des rencontres sur internet et coups de cœur. Dans ma pile des livres à lire, attend Marie Uguay dont le regard attire chaque matin mon attention et je sais que nous allons bientôt nous rencontrer.

Revenons au récit de Jocelyne Saucier. Nous sommes dans le grand nord canadien, au bord d’un lac. Des cabanes vétustes, trois vieux, de très vieux bonhommes vivent là à l’écart du monde par choix et par plaisir, celui de la solitude, de la nature immense qui impose son rythme, sa beauté et ses rigueurs. Leur compagne omniprésente, la grande faucheuse, occupe leurs conversations et les frôle avec indécence. Ils en ont l’habitude et n’en ont pas peur. Deux femmes vont surgir dans leurs jours paisibles et routiniers : une photographe à la recherche des derniers témoins et survivants des grands feux de 1916 et une petite vieille rayonnante qui veut vivre enfin sa vraie vie.

Grand dépaysement dans cette forêt sauvage. Ça sent le musc, la résine, les vieux tricots mal lavés, le tabac, les poils de chien. On n’y parle pas trop. On capte, on renifle, on s’apprivoise. Voilà une histoire d’amitiés discrètes et sans verbiage, des vies bousculées qui se refont une santé dans la solitude partagée. Et des tableaux par centaine qui racontent une histoire dans l’histoire qui rejoint la quête de la photographe, l’amplifie, la transfigure.

Un extrait : « L’hiver fut particulièrement froid, dur, insolent, il piquait les narines dès qu’on mettait le nez dehors. Tom eut une grippe qui le tint au lit pendant deux semaines. Ange-Aimée fit l’infirmière. Charlie passait ses journées chez Marie Desneige. Le bruit des clous de sa maison qui éclataient au froid la terrorisaient. Steve et Bruno se chargeaient du reste, lever les collets à lièvres, forer des trous dans la glace, transporter l’eau, le bois de chauffe, ils s’occupaient de tout en fait puisque Tom demeura affaibli par sa grippe, et Marie Desneige, effrayée par les bruits de sa maison. »

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Les Plumes 50 de Mars : Célébrité

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À l’initiative d’Asphodèle, pour un moment d’écriture et d’échanges de textes, Les Plumes reviennent pour ce mois de Mars 2016, sous le feux des projecteurs. Le thème, cette fois-ci, est  : « Célébrité ».

Pour voir le site d’Asphodèle et l’article original : c’est ici !

Les 22 mots imposés sont : Vedette, fragiliser, fortune, film, projecteur, fumé, paparazzi, fanfreluche, réputation, prétention, chanteur, oublier, local, gros, météorite, étoile, talent, chaleur, lumineux, diva, barricader et moi.

Pour lire les textes des autres participants, c’est : ici les autres textes

Miroir, miroir…

À quoi ça sert de vivre si c’est pour basculer dans l’oubli et le néant une fois le parcours achevé ? L’anonymat ou l’insignifiance ne fait pas partie de mon programme d’incarnation. Une étoile a présidé à ma naissance et je ne compte pas finir comme une météorite chargée des vœux improvisés d’humains insatisfaits. Ma mère eût aimé me barricader derrière les murs de notre demeure à l’écart des projecteurs et des paparazzi. Petit enfant déjà, ma précocité, mon don de paroles et mes excentricités font grand bruit autour de nous. Même cloîtré, je continue à me faire le film de ma vie où, bien sûr, je tiens la vedette, non pas locale, ni nationale mais internationale. Chaque jour, le scénario change tant mes potentiels sont infinis : me voilà ainsi chanteur à lunettes cerclées d’or et verres fumés, une autre fois travesti inimitable avec fanfreluches et talons aiguille ; j’ai même eu l’audace, la prétention dirais-je, de jouer les génies mathématiques et aussi le compositeur prodige au talent divin.

Mon enfance débridée d’enfant surdoué et hyperactif a certes fragilisé ma pauvre mère, mais « ce qui ne tue pas renforce » dit le proverbe, et la bonne fortune a voulu qu’elle se trouve enfin un mari, sage et patient avec moi qui m’a pris sous sa coupe. De ma mère, longtemps seule et méprisée, il a fait une diva bienheureuse dont l’aura lumineuse inonde ceux qui l’approchent. Quant à moi, bouffi d’orgueil et d’ambition, il a su infléchir ma réputation de mythomane mégalomane. Il a pu canaliser mon énergie inépuisable et l’orienter vers un destin exemplaire : oubliés mes fantasmes de strass et de paillettes, mes visions de groupies accrochées à mes basques, des accros à mes bons mots ou à mes prophéties, des admirateurs inconditionnels de mes ritournelles endiablées, détournés mes élans de démiurge, d’idole planétaire ou de tyran sanguinaire.

Un jour, à fleur d’adolescence, cet homme bienveillant m’a emmené dans la forêt sacrée. Là, j’ai découvert l’amour. Le vrai, celui qu’en fait je cherchais depuis toujours, l’amour que même ma mère si dévouée, mes amis si fascinés, mes semblables si émerveillés de ma prestance n’avaient su me faire ressentir.

Le mari de ma mère me conduit au creux d’un vallon humide et irisé, au sol recouvert de mousses très douces et de fleurs aux parfums subtils. Une vasque à l’aplomb d’un rocher émeraude recueille l’eau d’une source chantante. Il me propose de boire cette eau si pure, « celle qui révèle la destinée », me dit-il. Je me penche. Et là, je vois l’être le plus sublime, le plus divin qui soit : l’amour me saisit corps et âme. Ne pouvant détacher mon regard de son visage parfait et aimant, je perçois dans un brouillard mon beau-père m’interpeller. Je sens la chaleur de sa main sur mon épaule : « Narcisse, l’obscurité gagne les sous-bois, la forêt appartient désormais aux dieux. Rentrons. »

Le cœur comblé, je sais avoir conquis l’éternité. Je viens d’atteindre ma parfaite humanité dans cet amour inconditionnel qui me ravit le cœur. Je suis une légende vivante. (516)

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Rail

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Les Plumes 49 de février : Vagabondage

logo-plumes-aspho-4-c3a8me-tirc3a9-du-tumblr-vanishingintocloudsÀ l’initiative d’Asphodèle, pour un moment d’écriture et d’échanges de textes, Les Plumes reviennent pour ce mois de février 2016, riches d’humeurs et de mots. Le thème est « Vagabondage« .

Plume 49 : voir l’article original.

La liste des mots retenus: Flânerie, pacager, liberté, baguenauder, circonstance, enthousiasme, prisonnier, errance, prairie, libellule, céleste, nuage, délire, rencontre, bohème, paria, alouette, gironde, évanescent, agripper.

L’envol

Bucolique aurait été le mot approprié à cette échappée vers de vertes prairies, l’envie de baguenauder au milieu des prés où pacagent indolemment les bêtes ruminantes. Fouler la terre de ses pieds dénudés, sentir le moelleux de l’herbe sous la plante : oubliés ainsi le bitume et le béton, aller à la rencontre de sensations revivifiées. Dans son délire de liberté, c’est ainsi qu’il imagine sa nouvelle vie.

Les circonstances ont fait que trente deux ans sont passés sans qu’il voit les nuages autrement qu’au dessus du carré de promenade, que ses flâneries ne peuvent être qu’imaginaires et insomniaques, le transportant en d’évanescentes errances dans des espaces où il aimerait perdre son âme. Cette dernière a cessé de s’agripper à sa conscience de paria. Désormais, il se sent vide, aucun projet, aucune pensée. Rien ni personne ne le rattache au monde, seul son corps prisonnier de ces quatre murs infâmes et puants subit le châtiment des hommes. Crime passionnel, avaient-ils clamé. Des images dénuées de toute passion affleurent parfois son esprit : une peau diaphane et douce, une cuisse gironde, et ces yeux fixes exorbités ! Fallait la faire taire… D’un revers d’ennui, il chasse la vision.

Les heures scandées des mêmes gestes, l’horizon au ras du nez à revoir les mêmes trognes, à renifler l’odeur persistante et âcre des hommes confinés, ont fini par stériliser tout élan.

L’aube se dessine lentement, il a chaud, sa poitrine dans un étau. Se lever est impossible. Par le fenestron ouvert, l’air frais de la nuit estivale apporte un chant inattendu, celui d’une alouette, il en est sur. Son cœur bondit d’enthousiasme. Pauvre cœur tout fripé d’oubli et de haine qui déploie sans prévenir ses ailes de libellule. Elle l’emporte aussitôt vers ces verts pâturages célestes où l’attend une bohème sans fin. (299 mots)

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Reflets et transparences

16 02 16 REFLETS pêle-mêle

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Aujourd’hui, liste à faire demain sans faute

Mon ami Inconscient a l’esprit assez tordu pour prendre les choses au pied de la lettre. Sauf le respect que je lui dois et la haute considération que je peux avoir de son influence aussi subtile que certaine sur ma vie et sur mes choix, je sais que si je formule mes intentions en indiquant « liste à faire demain sans faute », pour demeurer courtois, attentionné et complètement dévoué à ma juste cause, il va me mettre en situation de procrastiner sans fin, à négliger l’urgence comme le contingent et il se peut même qu’il me pousse à faire une sieste prolongée. Car demain se renouvelle chaque jour et sans cesse nous lui courons après sans jamais l’atteindre.(117)

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Bidons, couleurs et rouille

16 02 13 Rouillé pêle-mêle

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