Voiles obscurs

2014 10 28 Couv Voiles obscursLe voilà le tout dernier. Il est encore sous presse en ce 13 juin 2015 mais dès la semaine prochaine, je pourrai le prendre entre mes mains, le feuilleter, le partager.

Longue gestation d’un roman écrit en 9 mois, mais qui a du attendre 56 autres mois pour prendre corps et   voir enfin le jour public. Sept fois 9 mois, fallait le faire ! Les experts en numérologie pourront décoder les influx inconscients qui ont présidé à cette aventure de longue haleine qui a pétrifié les autres écrits en court, encombré mon esprit, rendu intrusifs toutes autres activités et engagements.

Ce roman de 270 pages se déroule dans le milieu de l’art. L’héroïne est une jeune femme peintre assez douée qui cherche à fuir l’influence toxique de son mari, peintre également. Histoires d’amours, réflexions sur l’art, manipulations particulières, liens par delà les voiles du temps et de la mort: tout ces aspects jalonnent le parcours de la jeune femme en quête de vérité.

En voici un extrait (p 46/47):

« Partir. L’avenir comme une page blanche. Réécrire mes pensées, retrouver mes envies, regarder le monde avec des yeux neufs. Arracher les peaux noires qui les recouvrent, ces peaux couleur tristesse qu’il me faudra dissoudre dans les larmes.

Le train avance. Je suis à l’intérieur de ce tube de métal et de verre, figée sur mon siège. J’avance avec lui vers un ailleurs. Étrange sensation que cette immobilité dans le déplacement. Je suis assise, sans gestes, sans aucun mouvement autre que celui des mots. Ces mots forment des phrases et fixent ma conscience sur un état d’être, un état sentant, un état pensant. La pensée comme seule activité. Les actes me coûtent encore. Économie, espace restreint au volume de mon corps, au cercle de mon crâne. Seul le paysage s’enfuit, aspiré par le temps qui me projette vers l’avant. Le mouvement est extérieur. Je ne suis que spectatrice face au nouveau.

Mes émotions se sont calmées, elles se sont posées en retrait dans un coin de mon être, elles ressemblent aux passereaux sur un arbre un soir de migration. Cette grande mer a reflué, celle qui m’avait engloutie tant de mois, tant d’heures, m’aveuglant, me terrorisant, noyant ma capacité à comprendre, à réagir, à me déplacer. Il a suffi que j’atteigne le bout de mon enfer, qu’il me terrifie encore et encore pour ne plus sentir que douleur, pour le regarder sans plus le juger. Du fonds de mes tripes, cette force de dire « Assez ! » a enfin jailli. Qui a crié ainsi ? Qui a secoué ma torpeur ? Quelle était cette voix ?

Je perce le brouillard de l’inconnu, ignorant le village qui va surgir dans le paysage, le nom de la prochaine gare, la couleur du ciel et la forme mouvante des nuages. Mes yeux seuls sont la porte entre l’extérieur et moi.

Mettre de la distance. Étirer les fibres de nos liens jusqu’à la rupture, jusqu’à ce que la douleur de la déchirure me soulage de la souffrance du partir. M’extraire de l’ancien monde. Hors de mes repères, loin de mes attentes. Me dépouiller de tous mes liens, de toutes mes attaches. Attaches qui me retiennent encore et encore, m’agrippent. Je veux être une montgolfière, m’élever en sectionnant ces attaches-là. Prendre de la hauteur, enfin, sentir la légèreté de l’air, l’immensité de la vie, respirer des souffles d’infini, goûter à la solitude aérienne et salvatrice, me remplir d’air froid, dépouillé de passions, du pâtir, du souffrir. Voir la petitesse des choses, leur insignifiance, pour redécouvrir à l’atterrissage inévitable la mesure, la relativité du regard et l’impermanence des choses, des personnes, des états d’âme. J’ai besoin de retrouver ma respiration, mon enracinement. »

 

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6 commentaires pour Voiles obscurs

  1. Ping : « Voiles obscurs  vient de paraitre ! | «Dominique Cano – auteur

  2. Quel plaisir cela doit être de mettre au monde un petit qui n’est pas si léger. Bravo et bonne continuation dans l’écriture.

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  3. domicano dit :

    Merci Anne, le livre va vivre sa propre vie maintenant.

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  4. jobougon dit :

    L’écume du ballon d’oxygène en poupe, je lui souhaite longue vie florissante à ton roman.
    Qu’il lève la voile et fasse bon chemin d’éclaireur de ténèbres.
    Toutes mes félicitations et encouragements à continuer

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  5. Ping : Voiles obscurs | Association histoire d'écrire

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