Chaque jour, l’Autre

Et puis je me suis lancée dans l’écriture d’un roman.

Un roman exploratoire pour mettre à plat tout ce que j’avais glané sur la notion de réincarnation. Qu’est-ce que j’avais retenu de toutes les théories, réflexions, hypothèses, visions que proposaient non seulement les cultes traditionnels, les religions mais aussi les philosophies antiques et contemporaines ? Il était intéressant de voir comment je pouvais restituer toutes ces informations passées au filtre de mon ressenti et des croyances que je m’étais forgées.Photo Chaque jour l'autre 2

N’étant pas extralucide et n’ayant expérimenté ni NDE ni une quelconque sortie du corps, j’étais et je suis bien infichue d’affirmer quoi que ce soit. En revanche, je me suis permis de poser des hypothèses qui correspondaient à ma façon d’envisager la chose, le rapport à la vie, à la mort, et de suggérer une histoire qui soit plausible.

L’écriture de ce roman m’a réservé des surprises, l’imaginaire sait s’égayer de visions étonnantes et je me suis laissée guider par les personnages qui ont su très vite prendre leur autonomie.

Le livre a été publié en autoédition en Octobre 2014.

La quatrième de couverture se présente ainsi :

Guillaume mène une double vie, à l’insu de beaucoup de monde. Seule sa famille connait sa singularité et le protège car il vit cette expérience depuis sa naissance. Dans la douleur, l’extravagance, fleurtant avec la mort. Elle fait partie de sa normalité et a développé chez lui une capacité exceptionnelle à comprendre les êtres, leurs motivations et les blocages qui les empêchent d’avancer sur leur chemin de vie. Il possède une connaissance immense digne des plus grands sages et des intellectuels les plus érudits. Cela n’en fait pas pour autant un surhomme, tout au plus un être différent qui cherche sa place et surtout un sens à ce qu’il lui arrive. La solitude, douloureuse et impérative, reste sa compagne la plus fidèle. Quand une part de votre vie ne vous appartient pas, quand vous ne pouvez faire admettre aux autres l’inconcevable, comment tisser des liens d’amitié, des liens d’amour auxquels l’âme aspire à chaque instant ? Tel est le dilemme que Guillaume nous dévoile jour après jour.

Un extrait :

Ma mère raconte volontiers que, bébé, j’avais un regard pénétrant et très étrange. Le matin, après avoir dormi d’un sommeil profond, je me réveillais très agité, criant, hurlant, me débattant comme un forcené. Elle me prenait alors dans ses bras et me berçait en me chantant des comptines. Elle préparait un bain parfumé à la lavande où je m’amusais longtemps. Ensuite, elle massait lentement mon corps, toujours en chantant, et peu à peu je retrouvais tout mon calme.

Il y avait des jours où j’étais gai et enjoué, d’autres où j’étais totalement absent, distrait en permanence, « ailleurs », disait-elle.

Et puis il y avait, chaque jour, ce moment particulier où la respiration me manquait. Comme si je me mettais en apnée, en arrêt momentané de vie. Les yeux fixes, parfois emplis de sérénité, parfois exorbités par la peur. Je me crispais, tendant tous mes muscles. Ma mère croyait au début à des crises d’épilepsie. Cela durait une quinzaine de secondes, parfois plus, puis tout mon corps se relâchait et je me mettais à sourire comme si de rien n’était. Je reprenais une vie normale, plus serein que jamais.

Ces moments d’arrêt de vie étaient imprévisibles. Ils pouvaient se produire à n’importe quel moment de la journée, du réveil à la tombée de la nuit. Chaque jour, c’était différent.

Une chose est sûre, c’est qu’une fois ce moment passé, j’étais un enfant comme les autres, plutôt hyperactif, plutôt surdoué. J’ai parlé très tôt, vers huit mois, et de manière très intelligible. Mon entourage était étonné et fier aussi.

Ma scolarité s’est déroulée en mode accéléré : j’étais un enfant particulièrement éveillé et attentif, et lorsque mes crises étaient passées, je suivais avec intérêt les devoirs de mes aînés. En les écoutant, en les observant, en les imitant, je savais lire à trois ans, je savais écrire à quatre ans et à cinq ans, je comprenais le théorème de Pythagore qu’étudiait en troisième au collège mon frère aîné Michel.

Il faut dire qu’à cet âge, j’avais déjà vécu plus de mille huit cents vies. Et j’étais mort plus de mille huit cents fois.

Je n’en avais pas conscience alors, pas vraiment.

Au petit matin, trempant ma tartine de confiture dans le chocolat chaud, je regardais mes frères et mes soeurs affairés, se bousculant, engloutissant leur petit-déjeuner avant de s’envoler pour l’école où je n’allais pas. Mon regard intérieur glissait vers une autre cuisine, un autre lieu, un autre matin, où un enfant du même âge que moi, au jour près, prenait son premier repas de la journée, vivait avec d’autres personnes, habillées de costumes étranges ou bien totalement nues, parlant un autre langage que je comprenais spontanément.

Ma mère, alors, s’adressait à moi en me touchant doucement l’épaule, et je revenais dans notre cuisine, la tartine pendant lourdement dans le lait refroidi.

— Tu es parti dans tes rêves, mon Guillaume ? disait-elle, avec une douceur toujours teintée d’une once d’inquiétude.

— Je suis là, Maman, lui répondais-je en souriant et elle comprenait ce qui m’arrivait.

Un commentaire pour Chaque jour, l’Autre

  1. Ping : Les mots sont créateurs d’images (extrait d’un roman) | Dominique Cano – auteur

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