« Le journal intime d’un arbre » de Didier Van Cauwelaert

Voilà un auteur, Didier Van Cauwelaert, qui ne cesse de me réjouir à la lecture de ses livres. La liste est longue des déjà lus, mais trop ancienne pour que ma mémoire restitue en détail les éléments marquants des histoires qu’il raconte.9782253166542-TEn revanche, celui-ci, je viens de le lire bien qu’il soit paru en 2013 chez Michel Lafon (l’âge ne fait rien à l’affaire, les bons livres, c’est comme les bons crus, ils se bonifient avec le temps).

La narrateur est un arbre, un poirier, vieux de 300 ans, qui vient de choir sur la pelouse sous le coup d’un vent mauvais. Cet arbre pense, ressent les états d’âme des êtres humains qui l’approchent, l’aiment, le prennent pour confident; il perçoit leurs pensées et voyage avec eux si le lien entre eux reste vivace.Une infime parcelle de son bois restitue sa conscience et l’éveille à la situation qui se présente.

Témoin d’un bel amour, confident d’une artiste douée et militante, inspirateur d’un écrivain bohème, observateur d’un passé qui se rappelle à lui épisodiquement (car il y a un mystère qui cherche à s’exprimer sur son origine, je n’en dirai pas plus !), il ne peut s’empêcher de se sentir concerné par les humains, leurs humeurs et leurs excès. L’occasion pour Didier Van Cauwelaert de nous transmettre son ressenti de l’intelligence des arbres, son amour et son respect pour eux, son engagement pour la préservation des forêts et de toute forme de vie dont certains humains s’acharnent sans conscience à programmer la destruction totale pour augmenter uniquement leurs profits.

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publié sur le krapo arboricole : Le vieux poirier de Varengeville-sur-Mer (Seine-Maritime)

Que ce soit un arbre qui parle permet à l’auteur un recul intéressant face aux comportements humains : l’arbre, dépourvu d’émotions bien qu’empathique, ne juge pas, ni le voleur, ni l’assassin, ni le manipulateur. Il décrit les faits et laisse le lecteur réagir à sa façon. Le végétal a le temps pour lui, il fonctionne en vaste système de vie solidaire  et, même si les humains détruisent et exploitent le vivant (minéral, végétal, animal et humain), une régulation s’instaure pour un équilibre planétaire, pas seulement à coup de cataclysmes et de dérèglement climatique. Le vivant est plein de ressources insoupçonnées pour se perpétuer en dépit des prédateurs saccageurs.

Ce livre fait écho  au « Dictionnaire de l’impossible  » tome 1 et 2 écrits aussi par Didier Van Cauwelaert, recueil dans lequel il rapporte des histoires extraordinaires (fondées et réelles) où les anecdotes concernant les arbres ne manquent pas, inspirées souvent par son grand ami Jean-Marie Pelt, botaniste et pharmacien qui a fait au cours de sa carrière des découvertes fondamentales sur l’intelligence des végétaux (intelligence = l’art de se mettre en lien / même étymologie que le mot religion, dixit van Cauwelaert)

Extrait:

De son côté, Manon a forgé son pseudonyme d’artiste  à partir de mon surnom: Tristane. M’a-t-elle fait évoluer autant que je l’ai transformée? Il me semble. Durant tout le temps où elle m’a travaillé, retravaillé sans cesse pour que je devienne l’image qu’elle avait d’elle-même, nos échanges émotionnels et tactiles ne m’ont pas laissé de bois. En me donnant forme humaine, d’une certaine façon, elle m’a humanisé. Elle m’a permis l’accès à la sensibilité dont un végétal n’a que faire lorsque, programmé pour la croissance, la pollinisation et la photosynthèse, son rôle se borne à pousser des feuilles, porter des fruits et fabriquer de l’oxygène à partir du gaz carbonique. En vie active, j’étais soumis aux lois de mon espèce; aujourd’hui, je suis devenu le produit d’un style. Je m’appelle ‘Rêve de l’Arbre’. Je suis un Tristane.

 

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A propos domicano

L'écriture, la littérature, la photo, le dessin et l'expression artistique sous toutes ses formes me passionnent. J'aime le rêve et la réalité dans la beauté, la poésie et le potentiel d'émerveillement qu'ils peuvent offrir.
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7 commentaires pour « Le journal intime d’un arbre » de Didier Van Cauwelaert

  1. Valentyne dit :

    J’aime beaucoup cet auteur
    Et le sujet est très tentant … Je le note 🙂
    Pfttt je me rends compte que je l’avais déjà noté 😉

    Aimé par 1 personne

  2. Coïncidence, je suis en train de lire « Jules » de Cauwelaert. J’ai toujours aimé cet auteur (même si je n’ai pas tout lu de lui, loin de là), que j’ai eu la chance de rencontrer, par deux fois, en tant que scénariste. Il ressemble à ses œuvres, brillant, caustique mais bienveillant. Pour moi, il fait partie de la famille de Blondin ou de Jacques Laurent. Voire de Marcel Aymé. Une élégance de style et d’esprit.

    Aimé par 1 personne

  3. J’ai beaucoup aimé ce livre ainsi que Jules, merci de nous rappeler cette œuvre si vivante !

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  4. 'vy dit :

    A lire sans doute.

    Aimé par 1 personne

  5. Caroline D dit :

    …l’arbre… ne juge pas, ni le voleur, ni l’assassin, ni le manipulateur… ah si j’étais un arbre… ;o)
    Je regarderai ici, dans les librairies… Merci Dominique de partager ainsi…

    Aimé par 1 personne

  6. MyoPaname dit :

    Un auteur que je n’est pas encore lu,
    Ce livre me tente terriblement, avec des mots chargés d’émotions comme j’aime !
    Je note 😉
    Douce semaine

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  7. emilieberd dit :

    Je le note, même si je pense qu’un arbre fait bien plus que ce qui est ecrit dans l’extrait…😉
    Bises

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