Les Plumes 49 de février : Vagabondage

logo-plumes-aspho-4-c3a8me-tirc3a9-du-tumblr-vanishingintocloudsÀ l’initiative d’Asphodèle, pour un moment d’écriture et d’échanges de textes, Les Plumes reviennent pour ce mois de février 2016, riches d’humeurs et de mots. Le thème est « Vagabondage« .

Plume 49 : voir l’article original.

La liste des mots retenus: Flânerie, pacager, liberté, baguenauder, circonstance, enthousiasme, prisonnier, errance, prairie, libellule, céleste, nuage, délire, rencontre, bohème, paria, alouette, gironde, évanescent, agripper.

L’envol

Bucolique aurait été le mot approprié à cette échappée vers de vertes prairies, l’envie de baguenauder au milieu des prés où pacagent indolemment les bêtes ruminantes. Fouler la terre de ses pieds dénudés, sentir le moelleux de l’herbe sous la plante : oubliés ainsi le bitume et le béton, aller à la rencontre de sensations revivifiées. Dans son délire de liberté, c’est ainsi qu’il imagine sa nouvelle vie.

Les circonstances ont fait que trente deux ans sont passés sans qu’il voit les nuages autrement qu’au dessus du carré de promenade, que ses flâneries ne peuvent être qu’imaginaires et insomniaques, le transportant en d’évanescentes errances dans des espaces où il aimerait perdre son âme. Cette dernière a cessé de s’agripper à sa conscience de paria. Désormais, il se sent vide, aucun projet, aucune pensée. Rien ni personne ne le rattache au monde, seul son corps prisonnier de ces quatre murs infâmes et puants subit le châtiment des hommes. Crime passionnel, avaient-ils clamé. Des images dénuées de toute passion affleurent parfois son esprit : une peau diaphane et douce, une cuisse gironde, et ces yeux fixes exorbités ! Fallait la faire taire… D’un revers d’ennui, il chasse la vision.

Les heures scandées des mêmes gestes, l’horizon au ras du nez à revoir les mêmes trognes, à renifler l’odeur persistante et âcre des hommes confinés, ont fini par stériliser tout élan.

L’aube se dessine lentement, il a chaud, sa poitrine dans un étau. Se lever est impossible. Par le fenestron ouvert, l’air frais de la nuit estivale apporte un chant inattendu, celui d’une alouette, il en est sur. Son cœur bondit d’enthousiasme. Pauvre cœur tout fripé d’oubli et de haine qui déploie sans prévenir ses ailes de libellule. Elle l’emporte aussitôt vers ces verts pâturages célestes où l’attend une bohème sans fin. (299 mots)

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A propos domicano

L'écriture, la littérature, la photo, le dessin et l'expression artistique sous toutes ses formes me passionnent. J'aime le rêve et la réalité dans la beauté, la poésie et le potentiel d'émerveillement qu'ils peuvent offrir.
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24 commentaires pour Les Plumes 49 de février : Vagabondage

  1. Valentyne dit :

    Un premier paragraphe bucolique, puis le dur retour à la réalité pour ce prisonnier .. Que tu réussis à rendre humain …
    Quant à la fin plusieurs interprétations possibles … Bravo !
    Bon weekend 🙂

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  2. tout comme dit Valentyne ! j’aime beaucoup.

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  3. veronique dit :

    Moi aussi j’aime beaucoup cette description évolutive… Joli texte, en vérité.

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  4. josé dit :

    Moi aussi j’ai aimé la poésie qui se dégage de ton texte. On a vraiment envie de lui envoyer que des bonnes ondes à cet être si meurtri, malgré tout…

    Aimé par 1 personne

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  6. Petit construction bien précise et saisissante : on reste scotché jusqu’au bout plein de suspense ! C’est presque trop court ! J’en redemande.

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  7. emilieberd dit :

    Le mérite t-il?
    Ce texte est très prenant et tres bien fait.
    En fait Valentyne a tout dit!
    Bises

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  8. Caroline D dit :

    Je trouve, Dominique, que tu sais y faire dans ces captures intenses d’instants humains.

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  9. Asphodèle dit :

    Tu es très douée pour la synthèse et la poésie bien sûr puisque tu manies les deux avec brio ! Tu rends ce prisonnier « vivant » rien qu’en suggestions, tu es aussi peintre de l’âme humaine ! 😉 Bises Domi et bravo, cette insomnie a été fructifère…On ressort de ce texte mélancolique mais, une once d’espoir grâce aux « voyages immobiles »…

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  10. lydia66 dit :

    Un grand bravo pour ce texte ! Pas évident de décrire ainsi ce qui aurait pu nous rebuter d’entrée de jeu…

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  11. mariejo64 dit :

    Il n’a pas l’air d’un repenti, son geste pour chasser ce qui l’ennuie me le donne à penser ! Peut-être qu’il éprouvera un peu de remord à la toute dernière seconde, celle qui précède le grand passage ? Oh et puis à quoi bon, ce qui est fait est fait et l’au-delà existe-t-il ? Bravo pour ce texte qui soulève pas mal de questions !

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  12. Très joli texte, j’ai moi aussi beaucoup apprécié cette évolution 🙂

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  13. jacou33 dit :

    J’ai d’abord cru qu’il était libre. Ses pensées, malgré le petit couac, « d’un revers d’ennui, il chasse la vision », le rendent humain; et lorsque je découvre qu’il est toujours en prison, envolé le couac, je le prends en pitié. Bravo de faire naitre autant de sentiments en quelques lignes..

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