« À la table des hommes » de Sylvie Germain

Paru en janvier 2016 chez Albin Michel.

9782226322739mÉtrange impression de suivre une ligne invisible, irrésistible, avec dans ma ligne de mire sur un présentoir rempli de piles de livres nouveaux, celui-là, une couverture quasiment noir et blanc, dans un coin une corneille noire picorant une fraise.

Il est des moments où l’évidence prend toute sa place. Pas de questionnement – est-il bien écrit? Est-ce celui que je veux? pourquoi celui-là et pas un autre? -. Non, rien de tout cela, un accès immédiat, un attrait tangible.

Sylvie Germain, Etty Hillesum: ces noms affleurent ma mémoire, me revient la joie de la lecture des mots de Sylvie Germain retraçant le parcours de Etty Hillesum, l’enthousiasme qu’elle a suscité en moi à découvrir cet être.

Ici, dans ce nouveau livre « À la table des hommes », il est question de langage, de mots. Ce frémissement amoureux au moment où je lis la 4ème de couverture ne s’estompe pas à la lecture. Je lis en continu les 260 pages. Pure délectation des images évoquées, de l’empreinte visuelle, olfactive, sensuelle que trace le personnage principal dans ma conscience. Comme une argile vierge il approche les hommes et découvre les mots et leur pouvoir, la violence des actes et la joie d’apprendre, la fureur des émotions et le sublime de la douceur.

Des univers se télescopent, celui fait de guerre, de haine, d’antagonismes, de différences, de mal être et de domination, de sang et de pourriture, mais aussi en contraste un univers paisible, serein, fait de poésie, de contemplation, d’attention, de patience, d’ingénuité, d’amitié. On déplore la cruauté des enfants meurtris, on entend les cris des oiseaux et des femmes abandonnées, au souffle du fusil reste l’oeil rond du lièvre ou la chair ouverte de la biche.

L’auteure dévoile sa propre révolte, décrit l’innommable et avoue l’impuissance face à la barbarie humaine. Où se cache l’espoir ?

Il apparait en filigrane tout au long du roman, contenu dans le regard et le ressenti du jeune garçon, dans les rencontres qui jalonnent son parcours.

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A propos domicano

L'écriture, la littérature, la photo, le dessin et l'expression artistique sous toutes ses formes me passionnent. J'aime le rêve et la réalité dans la beauté, la poésie et le potentiel d'émerveillement qu'ils peuvent offrir.
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7 commentaires pour « À la table des hommes » de Sylvie Germain

  1. veronique dit :

    Fort ressenti chez toi, à la lecture de ton texte sur ce livre à l’effet magique…

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  2. 'vy dit :

    Tu reviens avec un auteur que j’apprécie beaucoup. Ils sont parfois durs les romans de Sylvie Germain (je pense à son livre des nuits), il sont souvent beaux, magnifiques (Immensités, La pleurante des rues de Prague,Tobie des marais). J’ai ce livre « A la table des hommes » sur une pile pas loin de moi, il attend… Il faut que j’accélère ma lecture des livres commencés pour l’ouvrir, mais peut-être après ton article n’attendrai-je pas longtemps avant de. En tout cas, ça fait toujours du bien de faire résonner dans sa tête les noms de Sylvie Germain et surtout Etty Hillesum. Je trouve que ça remet les choses à leur place, que ça simplifie ce qu’on a tendance à compliquer…

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  3. domicano dit :

    j’aime cet écho que renvoie ce livre, cet écrivain . Ils sont rares les auteurs qui provoquent ainsi cet élan intérieur, qui donnent du poids aux mots, qui secouent nos idées toutes faites, nos habitudes de penser, de voir, de ressentir. Elle parle du vivant, des vivants, de la vie et ça fait du bien même si on n’ignore pas tout ce qui voudrait la détruire et qui s’y emploie.

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  4. Asphodèle dit :

    C’est je crois mon auteure préférée depuis que je l’ai découverte avec Tobie des Marais, j’ai enchaîné sur le Livre des nuits, Nuit-d’Ambre et Petites scènes capitales alors inutile de te dire que je suis complètement en phase avec ce que tu dis, ce qu’elle remue en nous, dans nos tripes comme dans nos âmes à qui elle sait parler. Celui-ci ne va pas tarder à rejoindre ma PAL, dès que je vais en librairie, pas envie de le commander mais d’aller le chercher, de le humer , de lui tourner autour… J’ai mes rituels avec des auteurs aussi grandioses que Sylvie Germain ! 😉

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  5. Valentyne dit :

    Une auteure que j’aime lire même si les deux lives lus sont terriblement tristes : la chanson des mal aimants et le livre des nuits 🙂
    Celui là à l’air de la même veine 🙂
    Bisesss Dominique 🙂

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  6. Sylvie G dit :

    Merci de cette critique Domicano. J’ai lu quelques livres de Sylvie Germain il y a quelques annees sans partager l’enthousiasme de la plupart pour ses livres. Peut-etre etait-ce le mauvais moment. Tu me donnes envie de revisiter 🙂

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  7. Caroline D dit :

    Quelle que soit la raison qui la fit naître, cette phrase est belle, et très évocatrice…
    « Comme une argile vierge il approche les hommes et découvre les mots et leur pouvoir, la violence des actes et la joie d’apprendre, la fureur des émotions et le sublime de la douceur. »

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