Les Plumes 48 de Janvier – Hou Hou l’an neuf

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À l’initiative d’Asphodèle, pour un moment d’écriture et d’échanges de textes, Les Plumes reviennent dès ce mois de janvier 2016, riches d’humeurs et de mots.

Plume 48 : voir l’original ici.

(en copie) LA LISTE RETENUE : 24 mots avec le mien qui est le dernier.

Jour, gentillesse, motivation, coupable, fer, almanach, visite, éparpillement, dilettante, farandole, insomnie, maison, passe-partout, plaisir, poésie, éclaircie, tempête, mélancolique, serpillière, agacement, chaleur, respirer, minuscule et syncopé.

Mais comme je n’aime pas jeter les mots à la poubelle, je vous laisse la liste des mots écartés, si certains veulent s’en servir, ils le peuvent.

LA LISTE NON RETENUE : 23 mots puisque Eva n’a laissé que le mot « gentillesse », inclus dans la liste officielle.

Humeur, inspiration, content, liberté, aube, pluie*, procrastination, pingouin, mélancolie, oiseau, famille, olympien, linge, fantaisie, pédestre, coeur, passé, wassingue (serpillière en flamand et c’est dans le Larousse 2015), diaporama, bonheur,pandiculation*, majuscules et essorer.

*pluie : je l’avais oublié hier mais bon, avec ce qui tombait je vois cet oubli comme un acte manqué…
*pandiculation : car le verbe pandiculer n’existe pas encore dans le Larousse 2015 seulement sur des dictionnaires Internet (Wikitionnaire et autres novateurs non agréés par l’Académie Française, pas encore). Donc si vous repassez par là et à ceux qui l’utiliseraient dans leur texte, en plus des mots de la LISTE RETENUE, c’était juste un signalement…

Ça ne sert à rien de se ronger les sangs

Comme toute nuit d’insomnie, la dernière fut longue. La maison silencieuse se pelotonnait dans la chaleur moite contenue par les murs en pisé. Il avait tenté de respirer profondément pour détendre l’angoisse qui lui transperçait les tripes comme un fer rouge. Il avait détecté pour le jour à venir – ce fameux 16 janvier – une tempête colossale. Ce déchaînement prévisible des éléments lui était insupportable et les cauchemars plus terribles encore que le manque de sommeil.

Déjà, enfant, le moindre orage le faisait hurler. Sa mère avec une extrême gentillesse, le prenait dans ses bras et en un bercement syncopé, attendait avec lui l’éclaircie. À l’aube, le calme revenu, il se sentait coupable de ces peurs incontrôlées. À l’adolescence, ces copains l’appelèrent « la serpillère », tant il était trempé de honte au plus faible vent d’ouest, à la plus petite ondée du matin. Adulte, il testa yoga, psychanalyse, hypnoses, rien n’y fit. La farandole des thérapies et leurs minuscules effets n’avaient développé en lui qu’agacements et humeur mélancolique.

Pour juguler les affres de cet enfer, il s’enfonça au cœur de l’Amazonie et rendit visite à un chaman qu’on disait puissant et maître des éléments. L’homme, petit et râblé, la peau cuivrée et le cheveu noir, n’avait rien d’un dilettante. Il lui apprit qu’il valait mieux s’accorder avec l’eau et l’air que se battre contre eux. Il lui montra un vieil almanach espagnol dont les dictons toujours rédigés en vers très drôles, l’initièrent à la poésie élémentaire. Revenu sur ses terres, il prit plaisir à traduire les formules incantatoires qui devaient assujettir les éléments. Son inspiration fut sans faille et ne supportait aucun éparpillement. Son travail fut remarquablement efficace. À l’apparition d’un nuage suspect, à la moindre brise, à l’infime élévation de l’hygrométrie de l’air ou à l’abaissement subtil de la pression atmosphérique, il sortait son grimoire et conjurait tout dérèglement dans l’ordre du temps.

Il connut ainsi durant des années un bonheur sans nuage, sans famille, sans amis, sans rien pour troubler la félicité de ses jours qu’il vécut en toute liberté, en pleine santé et d’humeur égale. Aucune fantaisie climatique, le Calme olympien avec un « C »majuscule. Rien n’entravait sa motivation première d’éviter l’horreur d’une tourmente, sauf que … autour de lui, progressivement, depuis tant d’années sans eau, sans vent, ni neige ni saison, le sol se stérilisait, les oiseaux avaient émigré, les abeilles avaient essaimé dans des contrées plus fleuries, le désert s’étendait inexorablement enfouissant toute trace de présence humaine. Le vivant appartenait au passé. Il était seul désormais. Son obsession s’émoussa, il devint expert en procrastination. Sans lutte à mener, à force de pandiculation désordonnée d’ennui et de désoeuvrement, il commit une faute d’inattention et rata une épreuve.

Un rat, affamé, trouva le fameux almanach à son goût, content de mettre sous sa dent un peu de matière autre que la poussière. Ainsi, au crépuscule du 15 janvier, notre homme remarqua, mais bien trop tard, un amoncellement grisâtre de masses nuageuses le long de l’horizon. D’un coup il se sentit wassingue, et alla consulter son grimoire. Il découvrit alors l’ignoble forfaiture des rongeuses mâchoires. Le rat s’était fait la tranche du bréviaire et ainsi grignoté, les vers tronqués n’offraient aux dictons aucune force de dissuasion. La peur, l’angoisse, la panique, l’effroi, étreignirent l’intempériphobe. Aucun linge, aucune éponge ne put essorer sa sueur et ses larmes. Oiseau, il aurait fui à tire d’aile au loin, mais tel un pédestre pingouin, il se trouva piégé dans son havre isolé, visionnant en boucle dans son délire paranoïde, le diaporama de ses futures avanies.

Les vents forcirent à l’aube, la pluie s’affala comme une cataracte dans l’heure qui suivit. Les éclairs se succédèrent en continu, le ciel n’était qu’un intense tintamarre où les vents contraires transportaient et ramenaient les échos assourdissants du tonnerre vengeur. Les éléments rattrapaient des décennies de continence. Cela dura 40 jours et 40 nuits. Au quarante et unième jour, le soleil darda un rayon. Le rat revint avec un brin d’herbe sous l’incisive. L’homme le regarda et sourit béatement :

– Tu m’as apporté à manger, le chat ! J’adore les épinards. (686)

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A propos domicano

L'écriture, la littérature, la photo, le dessin et l'expression artistique sous toutes ses formes me passionnent. J'aime le rêve et la réalité dans la beauté, la poésie et le potentiel d'émerveillement qu'ils peuvent offrir.
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37 commentaires pour Les Plumes 48 de Janvier – Hou Hou l’an neuf

  1. Ping : LES PLUMES 48 – LES TEXTES DE JANVIER 2016, selon l’humeur du jour… | Les lectures d'Asphodèle, les humeurs et l'écriture

  2. Ah ben moi, j’ai mordu à l’hameçon !

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  3. veronique dit :

    J’aime beaucoup, visuel et dans le style qui me botte .. Merci !

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  4. monesille dit :

    Potentiel d’émerveillement tu dis ! Et ben tu nous gâtes ! Le petit brin de folie de la fin équilibre l’ampleur classique et sonore du texte, un régal de lecture.

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  5. Ping : Agrypnie en mer océane – Écri'turbulente, c'est en écrivant qu'on devient écrevisse.

  6. Ghislaine dit :

    oh vilaine !! j’y ai cru au début moi !

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  7. Je plussoie les commentaires précédents ; et j’ajoute qu’il y a là de quoi bâtir un roman jubilatoire et magistral !!

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  8. Brize dit :

    Beaucoup aimé cette sensation d’enchaînement-boule de neige qui court tout au long de ton texte !

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  9. emilieberd dit :

    Whouah! Quel beau texte! Une construction au mm! Et la chute!

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  10. Bien emmené, vivement la suite ! Aux prochaines Plumes ? Cela dépendra de la sélection… Bon dimanche, Dominique 😉

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  11. Caroline D dit :

    Bravo Dominique.
    J’ai un peu l’impression de goûter à un cinq services… après avoir goûté à plusieurs de tes hors-d’oeuvre au fil des mois… quoi qu’il en soit, je reconnais ta cuisine, bien épicée de coeur et d’âme.

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    • domicano dit :

      m’a fallu aller voir ce qu’était un cinq services (faut que je sorte un peu plus!!!) et suis ravie que tu te sois régalée; certaines histoires peuvent effectivement se déguster, pas trop sucrées, pas trop salées. Epicée tu dis ? mais pas piquante toutefois

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  12. Valentyne dit :

    Extra ! Quel
    Beau conte bien raconté … Et puis la chute
    Et le titre si bien trouvé cet intempériphobe 😉
    Bon dimanche Dominique 🙂

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  13. Valentyne dit :

    Mon téléphone a « mangé » des mots, j’avais écrit : j’aime beaucoup cet intempériphobe 🙂

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  14. Ping : Humeur taquine dans un silence blanc |

  15. patchcath dit :

    Insomnie et intempérie sous sources de bien belles inspirations 😉

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  16. En lisant la fin de ton texte, je me dis que ton bonhomme a quelque chose d’un schizophrène… s’il confond le rat avec un chat et qu’il prend un brin d’herbe pour de l’épinard, il serait peut-être temps de l’envoyer en consultation chez un psychiatre.
    Un texte ciselé en tout cas.
    Bon dimanche!

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  17. celestine dit :

    Belle écriture, un peu amphigourique…
    Je suis désolée, mais je n’ai pas compris la fin…
    Il y a quelqu’un pour m’expliquer ? 😉
    Bises et bon dimanche
    ¸¸.•*¨*• ☆

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    • domicano dit :

      J’ai appris une mot ‘amphigourique’ !! (suis allée dans le dictionnaire) notre pauvre bonhomme s’est pris un retour de boomerang à vouloir contrôler les éléments, il les a subi pendant plus d’un mois et en a perdu la tête, mais il y avait de quoi compte tenu de sa phobie. Bonne semaine Célestine

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  18. Asphodèle dit :

    Serait-il devenu fou ? 😆 Un bien joli conte malgré les phobies du héros, on se demande comment ça va finir et la chute pleine d’humour rehausse le plat avec talent ! Une suite ? Pourquoi pas si tu sens que ce personnage a encore des choses à « dire »… Moi je n’ai pas peur des tempêtes ni des orages mais de leurs effets collatéraux souvent très gênants, surtout quand il n’y a plus de courant (qu’on ne me dise pas que c’était mieux avant quand il fallait faire chauffer l’eau de pluie dans la cheminée ! 😉 ) . Bon dimanche Domi 🙂

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  19. domicano dit :

    Il y a de fortes chances qu’il ne se remette pas de ce traumatisme et s’il attend que son chat-rat le nourrisse, son jeûn va durer et certainement mal finir. Quelle horreur !!! et ça pour trois gouttes d’eau. Merci pour ce challenge Aspho et belle semaine.

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  20. mariejo64 dit :

    Oh Seigneur ! Tu as perdu la tête ? 40 nuits, 40 jours… D’où ma première exclamation ! 😀
    Dans le bain de mon petit-fils, il y a deux heures … observation du vortex au moment où l’eau quittait la baignoire ! Je lui ai appris ce mot lorsqu’il était bébé, je me marre, il l’emploie tout à fait naturellement à la grande surprise de certaines grandes personnes qui n’en avaient jamais entendu parler ! 😀 Il m’a dit ce soir, tout en regardant le tourbillon de mousse disparaître, « tu sais mamie qu’il existe des vortex dans l’espace ?  » 😉 Il n’aura peut-être pas peur de l’orage comme sa maman ! 😀 Bonne soirée, la pluie joue des claquettes sur le toit 😀 la neige tombe en montagne ! Chic ! Il nous en faut pour la semaine prochaine. J’essaierai d’affronter les éléments mieux que ton héros.

    Aimé par 1 personne

  21. Ceriat dit :

    Très étonnante ton histoire. 😀 Je me suis laissée prendre avec beaucoup de plaisir. 😀
    Bises 😀

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