Les mots sont créateurs d’images (extrait d’un roman)

… Les mots sont créateurs d’images, de réalités imaginaires qui semblent toutes aussi réelles que la réalité ordinaire que perçoivent nos sens et notre esprit à travers eux. C’est comme si la réalité avait pour unique siège notre esprit, notre conscience qui donne vie à ce qui occupe son espace à l’instant T. Ainsi, quand je lis un roman, nécessairement, j’apprécie le style d’écriture et le tempérament de l’auteur qui vibre à chaque phrase. Je suis fascinée par l’histoire et je m’identifie aux personnages en partageant leurs aventures. Je m’exile de mon quotidien et de qui je suis. Je suis autre et ailleurs par la seule magie des mots, qu’ils soient écrits ou prononcés. Pourtant, ce ne sont que des mots issus de l’esprit d’un autre, différent de moi. Ces mots sont porteurs d’images qui deviennent vivantes en moi au point de croire à la réalité des héros. Ces personnages sont des êtres attachants et pourtant, ils ne sont que création pure, dénuée de toute matérialité, de toute corporalité, de toute existence véritable. Leur rayonnement et leur individualité ont la même force que celle d’un humain incarné. Et cela évoque pour moi l’impact des héros des contes de fées et la capacité des enfants (et des adultes) à s’identifier à ces êtres imaginaires.

C’est ainsi que je recevais, et que je reçois toujours les histoires que me raconte Guillaume. Ces vies sont définitives. La mort est au bout, à peine suggérée parfois. Quels que soient le vécu de son visiteur, ses erreurs, ses égarements, il n’a fait qu’obéir à ses pulsions, aux contraintes qu’il subissait, de l’extérieur comme de l’intérieur. Sa vie était totalement sous sa responsabilité. Il y a une logique interne à chacune, liée à ses choix et à ses non-choix. Cependant, une même entité semble vibrer derrière ces actes et la succession de ces existences si différentes.

On ne porte pas le même regard ni le même jugement sur une personne vivante ou une personne morte : tout change. Dans nos relations avec les autres, on perd un temps infini à vouloir les faire changer, à vouloir les voir fonctionner comme on voudrait, avec nos certitudes et nos idéaux. Quand un être meurt, il n’y a plus cette possibilité de le voir changer, d’évoluer vers sa pleine expression. L’expérience est close. On ne peut plus rien attendre de lui. Après son départ, on a juste à cicatriser les plaies de la déchirure, à combler le vide qu’il laisse, à vivre son absence. La mort est un point final, une conclusion. C’est la rupture sans appel de tous les champs des possibles qui s’offraient à cet être. Ce qui compte, ce n’est pas tant ce que l’être a fait ou n’a pas pu faire, mais qui il était. Tout ce qui émanait de lui et qui nourrissait notre relation, ce qui reste en mémoire et dans le cœur : l’intensité d’un regard, la chaleur d’une parole, un bon mot, une attention, un rire, tout ce qu’on pourrait appeler « Amour » et qui nous a donné l’assurance d’être important pour quelqu’un, d’être aimé et de mériter l’attention de l’autre. Quand un être se montre insensible à notre égard, ne partageant aucune émotion avec nous, on reste indifférent à sa mémoire. Seuls nous touchent ceux qui ont amplifié notre sentiment d’être, soit par l’amour qu’ils nous portaient ou suscitaient en nous, soit par l’émotion qu’ils ont provoquée en nous par leur talent, leur art, que ce soit une chanson, un rôle au théâtre ou au cinéma, un roman, un poème, une peinture, un acte généreux ou une parole de sagesse.

Les personnages de Guillaume sont ainsi…

Ce texte est un extrait de mon roman « Chaque jour, l’autre » paru en octobre 2014, page 138, que vous pouvez retrouver ici.

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A propos domicano

L'écriture, la littérature, la photo, le dessin et l'expression artistique sous toutes ses formes me passionnent. J'aime le rêve et la réalité dans la beauté, la poésie et le potentiel d'émerveillement qu'ils peuvent offrir.
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3 commentaires pour Les mots sont créateurs d’images (extrait d’un roman)

  1. Caroline D dit :

    tout ça résonne pour moi, Dominique… surtout le dernier paragraphe…

    J'aime

  2. Valentyne dit :

     » Je suis autre et ailleurs par la seule magie des mots, qu’ils soient écrits ou prononcés.  »

    Très juste ….

    Aimé par 1 personne

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