Un extrait du roman « Voiles Obscurs » en cours de finition – page 105

Cette solitude lui était douce. Elle allait à pas lents, suivant ses pulsations internes et ses aspirations. Dès le lever du soleil, elle marchait sur la terre humide de l’aube. Quand elle était dans son Sud varois, elle aimait se fondre ainsi dans la nature : elle montait sur le « rocher », ce promontoire calcaire à l’Ouest du village, qui dominait les vagues vertes et ocres de la plaine. Maintenant, elle allait vers l’océan. L’odeur de l’iode et du goémon remplaçait celle de la résine des pins et des essences de la garrigue. L’air, chargé d’embruns, donnait aux lèvres un goût de sel. Béatrice se berçait des mouvements incessants de l’océan, ces flux d’eau et de vents qui tournoyaient, se mêlaient, purifiaient le regard et l’âme. Les oiseaux marins semblaient plus vivants, plus aventureux. Ils étaient nombreux sur les falaises qu’elle longeait ; elle apprit d’autres noms que celui de mouette et de goéland : grand cormoran, sterne, macareux, et espérait voir des fous de Bassan, retranchés en colonies sur les îles au Nord.

P1000881Nathan lui avait raconté la passion de son grand-père pour le travail du bois et indiqué la présence de ses sculptures le long de la côte. Celle-ci était longue jusqu’à la pointe du Van et la résistance physique de la jeune femme était encore limitée. Elle s’aventura plus avant au bord des rochers et découvrit deux de ces éperons de bois dominant les vagues. Ils se situaient à moins d’un kilomètre l’un de l’autre. Le lichen et des plantes grimpantes un peu piquantes avaient envahi les pierres du support ; elles s’enroulaient désormais autour des bras et des jambes façonnés dans le bois. Celui-ci, soumis aux rayons du soleil et à l’impact des embruns, avaient pris des couleurs grises, du très pâle, presque blanc, au gris sombre en passant par toutes les nuances de l’ocre jaune et du bleu délavé. Le bois était devenu pierre.

Béatrice caressait ces étranges sculptures du plat de la main, puis s’asseyait à leurs pieds, une force vivifiante en émanait. Des murmures mêlés au vent voulaient lui souffler des secrets. Des mots s’accrochaient à sa pensée comme ces rubans de couleurs aux fils tendus des chortens tibétains : Aime… Présence… Libre… Force infinie… Des musiques au creux du ressac vibraient d’accords joyeux. Des images surgissaient dans son esprit, des formes humaines et animales se dessinaient dans l’écume de l’océan, dans les nuages collés au ciel, dans les frondaisons des rares bosquets et dans les buissons de bruyère.

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A propos domicano

L'écriture, la littérature, la photo, le dessin et l'expression artistique sous toutes ses formes me passionnent. J'aime le rêve et la réalité dans la beauté, la poésie et le potentiel d'émerveillement qu'ils peuvent offrir.
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2 commentaires pour Un extrait du roman « Voiles Obscurs » en cours de finition – page 105

  1. Asphodèle dit :

    Difficile d’émettre un avis quand c’est la 105ème page, sans avoir les tenants et les aboutissants mais en tout cas le style est impeccable, on retrouve ta douceur teintée de mélancolie, tout en étant pas triste (je m’exprime mal ce soir mais tu as dû comprendre ce que je voulais dire ! :lol:) !

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    • domicano dit :

      Un grand merci Asphodèle d’avoir pris le temps de lire ce passage. C’est l’histoire d’une renaissance en quelque sorte et la jeune Béatrice réapprend à vivre, d’où cette mélancolie qui évolue vers un nouveau plaisir à vivre simplement.

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