L’oiseau prisonnier

P1020103Le corbeau boiteux et borgne

Sort sa tête de son abri poussiéreux,

Une meurtrière en haut du donjon.

Ça fait des lustres qu’il ne s’est envolé

De son poste d’observation,

Qu’il n’a ouvert ses ailes et son bec

Pour aspirer l’air et la pluie,

Et goûter les mille saveurs de cette eau tombant du ciel.

Sous ses pattes rabougries par le froid et la gale,

Les pierres rouillent en dégoulinant leurs humeurs,

Le fer craque à vouloir s’extraire des fixations,

La mousse verdâtre et grumeleuse

S’incruste dans les fentes qui hachent le mur.

Comme le goéland ballotté par le vent,

Il se lancerait volontiers dans l’espace et le vide,

Plongerait vers l’horizon écrasé par de noirs nuages.

Il se laisserait bien emporter vers les forêts

Qui sentent l’humus et les châtaignes

Pourrissant au pied des troncs immuables.

La ville est sans arbres pour lui donner son souffle,

Sans âmes qui brillent au cœur de la nuit.

Et lui, ignoré de tous ces silences,

Dans son donjon rigide et hautain,

Attend le gardien des misères,

Celui qui lui a cassé la plume de l’envol.

Il attend l’heure de son unique repas,

Qui lui sera donné après ses confidences du jour,

Déposées au creux de l’oreille du maître.

Les secrets des cellules que nul ne peut entendre,

Les paroles des enfermés que le vent lui a portées,

Les plaintes lugubres des condamnés éplorés.

Pour son malheur et son asservissement,

Ce corbeau parle la langue des humains.

Il ne peut plus rêver ni se poser sur un nuage.

Il épie par dépit de ne pouvoir gagner sa liberté.

Son âme s’est perdue dans le gouffre du néant

À dévorer les souffrances et les désespoirs.

Elle a pris la couleur de ses plumes

Qui ne s’irisent plus sous les rayons du soleil.

L’ombre l’enveloppe d’obscures étincelles

Et pose sur ses épaules rehaussées

Le froid de ses infâmes turpitudes.

Publicités

A propos domicano

L'écriture, la littérature, la photo, le dessin et l'expression artistique sous toutes ses formes me passionnent. J'aime le rêve et la réalité dans la beauté, la poésie et le potentiel d'émerveillement qu'ils peuvent offrir.
Cet article, publié dans Textes, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s