Porter son attention sur l’insignifiant

Le regard, les sens se nourrissent d’une forme de contemplation qui fait du temps son allié, et la mémoire se nourrit ainsi durablement de l’émotion. Une émotion profonde, jubilatoire, paisible, née de la communion avec l’objet de notre attention, aussi infime soit-il. Un caillou blanc, un mot, un ressenti subtil, un parfum porté par la brise du matin.

Alors, bien sûr, cela va à l’encontre de la précipitation, de la course à la performance et au sensationnel. C’est l’envers du scoop. Milan Kundera a fait l’éloge de la lenteur dans son premier roman rédigé en français :

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« Quand les choses se passent trop vite, personne ne peut être sûr de rien, de rien du tout, même pas de soi-même. »

Il n’est plus question de surfer, de zapper, de boguer à l’occasion, de shooter et autre expression franglaise vantant la surconsommation d’adrénaline, d’émotions fortes, d’expériences extrêmes, bluffantes et souvent addictives.

L’attention à l’insignifiant nous fait pénétrer dans le domaine de la méditation active: la transparence, l’éternité, l’infini de l’instant se dévoile et nous englobe dans un état d’être, une conscience où le sujet (soi observant) et l’objet (l’autre observé) se fondent et ne font qu’un. La quintessence de l’amour en somme.

Regardez un chinois pratiquer le Taï Chi dans un parc de Beijing: sa concentration est totale, souple, le geste et l’énergie qu’il produit forme une danse hors du temps qui le transfigure. Avez-vous vu un aquarelliste en train de peindre un paysage ? Le geste est sur et rapide (la contemplation n’est pas nécessairement immobilité ni mollesse), le regard est focalisé sur la perspective choisie, il semble isolé du monde, plongé dans une alchimie intérieure où ce qu’il contemple s’harmonise avec son ressenti pour projeter sur le papier son émotion en masse de couleurs et en lignes dynamiques.

Le summum de cette attention à l’infime est atteint dans l’haïku : émotion et regard confondus exprimés en 17 syllabes. La beauté et l’intensité de l’instant saisi en un geste de mots aussi précis qu’une calligraphie, une porte ouverte sur l’âme humaine, universelle.

De Basho:

Un vieil étang et
Une grenouille qui plonge,
Le bruit de l’eau.

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A propos domicano

L'écriture, la littérature, la photo, le dessin et l'expression artistique sous toutes ses formes me passionnent. J'aime le rêve et la réalité dans la beauté, la poésie et le potentiel d'émerveillement qu'ils peuvent offrir.
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