Djamilia, de Tchinghiz Aïtmatov

Traduit par A. Dimitrieva et Louis Aragon

Éditions Gallimard/Folio – 2003, 128 pages

Aurais-je lu ce livre si ma fille n’était allée parcourir les monts et les vallées du Kirghizstan ce printemps et si elle ne m’avait prêté ce petit livre ? Sans doute pas. J’ignorais le nom de ce pays montagneux, situé en Asie Centrale, au pied de l’Himalaya, coincé entre le Kazakhstan au Nord, la Chine à l’Est, le Tadjikistan au Sud et l’Ouzbékistan à l’Ouest.

C’est cela aussi la vertu des voyages, ce que l’on fait, même par procuration en suivant de loin les pas et les découvertes des êtres qui nous sont chers. Et qui nous transmettent leurs impressions, celles « de découvrir des êtres accueillants, d’être dans un lieu où tout s’apaise, où le temps s’étire, où les paysages sont sublimes,… »

Pour revenir à cette nouvelle d’une centaine de pages, « Djamilia », écrite par Tchinghiz Aïtmatov dans les années cinquante et publiée en 1959, elle nous projette dans une contrée sous domination soviétique, un kolkhoze, durant la seconde guerre mondiale. Dans l’aïl de Kourkouréou, il ne reste plus que les femmes, les hommes âgés et les très jeunes. Anciens nomades sédentarisés, c’est une société très patriarcale aux traditions fortes. Le narrateur est un jeune garçon de 13 ans, Seït, qui, en l’absence de ses frères partis à la guerre, travaille dans les champs afin de fournir le blé pour nourrir les troupes au combat. Avec sa belle sœur, Djamilia, à peine plus âgée que lui, et un jeune homme revenu blessé du front, Danïiar, ils vont être chargés de transporter sur des charrettes tirées par des chevaux, les « britchka », les sacs de blé de leur village à la gare qui se trouve à plusieurs heures de cheval. Les trajets se font aux heures les plus fraîches en ce mois d’août 43, le matin pour l’aller et le soir pour le retour.

Durant ces journées de travail et de transport, Seït va être le témoin de l’évolution des relations entre Djamilia et cet homme discret et silencieux.

L’histoire est racontée au rythme du pas des chevaux, des chants de la belle Djamilia, elle va résonner de son rire enjoué, et respirer toute la beauté du monde sous la lumière des étoiles.

Ce livre m’a charmée, envoûtée. On y est dans ce pays étonnant, on les voit les gestes des personnages, la force qu’ils déploient pour porter les sacs de blé, l’ardeur à conduire les chevaux, les jeunes gens jouant avec la belle Djamilia pour la séduire, l’intensité des sons dans la nuit, on entend la voix profonde qui fait vibrer l’air nocturne.

Quand j’ai appris que la culture kirghize a été essentiellement orale jusqu’au siècle dernier, j’ai vraiment été étonnée de la qualité de ce récit si sensuel et poétique.

Photo de Lucie F., Juin 2019
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36 mois plus tard…

Non pas une absence, juste un silence, un retrait consacré à l’écriture essentiellement. De manière discrète, j’ai continué de suivre mes ami(e)s blogueurs, goûté leurs écrits, savouré leurs photos, leurs peintures, partagé parfois des émotions fortes quand j’ai perçu certaines détresses derrière les mots. Ces mots porteurs d’une énergie qui passe par la fibre et se moque des distances.

J’ai mesuré aussi la nécessité de ne plus intervenir trop souvent. Un blog peut vite devenir chronophage, non par l’écrit ou l’image qu’on y dépose mais par l’échange ensuite qui ne peut se vivre que spontané et sincère. Je n’y viendrai que sporadiquement, avec des textes ou des livres qui m’ont fait vibrer, des écrits ou des publications personnels, des coups de coeur ou des photos de paysages parcourus. Et je laisse à l’Inconnu devenu très présent dans ma vie actuelle me proposer l’inspiration de nouvelles rubriques qui me tiendront à coeur.

J’ai actualisé la page concernant mes dernières publications réalisées en auto édition : voir le lien  Mes écrits  et aussi les infos sur le prochain livre en préparation :  L’Hermitte. Je serai ravie de pouvoir recevoir vos avis et contributions pour approfondir le sujet sur le tarot et l’alchimie (personnes ressources et documentations). Je vous en remercie d’avance.

On se retrouve très vite.

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Un parfum d’Italie

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« La bibliothèque des coeurs cabossés » de Katarina Bivald

51eGlzVYB+L._SX195_ Un livre qui parle des livres, ça attire, ça intrigue. C’est ce qui m’est arrivé et je n’ai pas été déçue. Voilà un roman qui ressemble à une chronique sans grande ambition d’une petite ville perdue au milieu des champs de maïs dans l’Iowa.

Il n’y a pas d’anecdotes extraordinaires, l’héroïne n’est pas à tomber, ceux qui l’entourent ne sont pas vraiment reluisants, ils ne font pas de discours époustouflants et ne font rien de remarquable. On est en pleine crise économique, les magasins ont presque tous fermé, pas de touriste car il n’y a rien à voir, les gens sont tristes, sans avenir, sans intérêt. L’anti-roman avec des anti-héros.

Et pourtant, ça fonctionne !! Les 500 pages lues sans sourciller, voilà que cette petite ville devenait le cadre de mon imaginaire pendant deux/trois jours. Avec une certaine nonchalance, le temps s’est mis à s’égrener dans la sérénité, l’attention aux autres, une conscience du collectif qui n’affiche pas ses intentions. Subtilité des sentiments, finesse psychologique, humour ou détresse des situations, évolution en douceur des relations. Le quotidien qui peu à peu se colore mais sans grand bouleversement extérieur, tout en nuances où chacun se découvre à pas lents.

Lire ou vivre, plonger dans les livres et vivre par procuration, vivre et ignorer toutes les perspectives de la lecture. Autant de questions soulevées. Lire et vivre, un début de réponse, et comme le suggère Sara, à chacun correspond un livre. Une belle analogie.

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Pérégrinations en Morvan

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Les Plumes 52 de Mai : Le vol brisé

logo-plumes-aspho-4-c3a8me-tirc3a9-du-tumblr-vanishingintocloudsLes Plumes de mai s’inspirent de nos peurs et proposent de frémir et de trembler, de sursauter et de dominer notre vertige. Cette proposition est à l’initiative d’Asphodèle. Vous retrouverez sur son blog son article original : c’est ici.

Les mots à utiliser dans le texte sont les suivants:

Bleu, cauchemar, vertige, avion, tremblement, sursauter, vulnérable, coller, ventre, eau, téméraire, inspirer, méchante, bouleverser.

auxquels sont rajoutés trois titres de livre à insérer dans le récit, le nom de l’auteur est entre parenthèses, pour information…

L’adieu aux lisières (de Guy Goffette) (poésie)
L’étoile d’argent (Jeannette Walls) (roman) 
La femme en vert (d’Arnaldur Indridaso,) (policier).

Les textes des autres participants sont ici sur le site d’Asphodèle !

 

Le vol brisé

Le ciel bleu outremer, parsemé d’éclats scintillants où l’étoile d’argent serait l’œil de Nout, donne au désert des airs d’océan immobile. Nous avons abandonné l’avion qui, dans un dernier tremblement, a explosé à peine étions nous sortis de la carlingue. Nous nous sommes sentis si vulnérables quand ce vol de cigognes s’est engouffré dans les hélices. Nous venions de dire adieu aux lisières septentrionales du massif du Hoggar pour entamer la longue traversée jusqu’à la côte méditerranéenne. Le nez collé au pare-brise, le ventre noué par le décrochage du bimoteur, j’en avais presque le vertige, incapable de redresser l’appareil. Au dernier moment, à cent mètres du sol, je réussis à le cabrer et l’engin sursauta de dune en dune comme un galet projeté sur une eau de braise. L’étouffement du moteur, le grincement du métal tordu et écrasé, résonnaient étrangement dans le silence du désert.

Miss Horseval, la femme en vert qui m’accompagne vêtue comme un pilote américain, complètement bouleversée par ce qui venait de nous arriver, se mit à hurler :

— Toni, ça sent une méchante odeur d’essence ! Faut déguerpir !

Fallait bien que j’abandonne mon vieil engin. La chaleur encore torride des sables pouvait enflammer les vapeurs de carburant à tout instant. Je regardai le chargement. Elle suivit mon regard.

— Ne jouez pas au téméraire, nos vies valent plus cher que ce tas de lettres. Fuyons !

Depuis nous marchons. La nuit nous apporte un peu de fraicheur. Quelques heures de répit avant le début du vrai cauchemar : sans eau, sans radio, sans aucun repère, à des milles de toute oasis, peut-être aurions-nous été plus inspirés de rester auprès de la carcasse fumante dont le nuage noir était visible de loin. (285 mots)

(Toute similitude avec un film sur un patient ou un roman d’un Ex quelconque ne serait pas pure coïncidence)

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Les Plumes 51 d’Avril : Aaaaaah !!

logo-plumes-aspho-4-c3a8me-tirc3a9-du-tumblr-vanishingintocloudsLes Plumes d’avril filent ce mois-ci un tissu d’histoires brodées à coup de « A » , et cela à l’initiative d’Asphodèle. Vous retrouverez sur son blog son article original : c’est ici.

En plus des mots commençant par « A », il faut aussi insérer au texte cette phrase: « La soif ne la (le, me) quittait plus ».

Les 20 mots proposés sont les suivants: Abeille, arabesque, ambre, arpenter, automobile, abricot, actif, azimuté, s’agenouiller, anamorphose, aimer, accroche-coeur, ajouter, affirmativement, approximatif, alléchant, ambiance, ahuri, agir, abreuver.

Les textes des autres participants , c’est ici.

Et ci-dessous, ma participation où effectivement les mots commençant par « A » ont voulu témoigner de leur abondance avec autorité…

Un As de la structure

Je suis ce qu’on peut appeler la « structure », le support du vivant, et pourtant, qui supporte de me regarder en face ? Le châssis d’une automobile n’a rien d’affreux ni d’abject : ajoutez une affriolante enveloppe, un moteur et des assises couleur abricot si vous y tenez, vous obtenez au mieux un bolide attrayant qui va séduire le premier ahuri venu, au pire une pétrolette ahanant tout juste acceptable pour arpenter la campagne andalouse.

J’en ai vu des carrosseries en tout genre et pas seulement dans le domaine de la mécanique. L’animé s’acharne tout autant à s’accoutrer avec art. Des qui font les accroche-cœur, les aimer ne suffit pas, ils exigent l’adoration et pousse leur victime à s’agenouiller devant leurs avantages. Vous avisez quel angle j’aborde ? Celui des humains bien sûr, pas des abeilles, ni de tout autre hyménoptère qui m’expose à l’extérieur avec aménité et authenticité. L’humain s’affirme lui par l’apparence et abstrait l’arrogance que je peux avoir parfois. Ici, point d’asexué ni d’aboulique dans mon approche. À partir d’une addition approximative des atouts de l’affolante Aphrodite, l’amoureux adoube ce qu’il admire, apprécie ce qui l’asservit même si cela l’amène à agir comme un abruti, un aliéné, un absolu crétin affirmativement azimuté devant l’alléchante proie.

Il avoue son amour en mille arabesques verbales, il abreuve d’adjectifs ardents l’attirante Artémise, adoucit l’ambiance de son antre austère et l’accueille avec ardeur. Cet hyperactif hormonal attend l’apogée de l’action de ses artifices. L’autre, avertie de ses attraits, a appris que la soif – comme le désir – ne les quitterait pas tant qu’ils n’auraient pas assouvi l’appétit de leurs chairs altérées.

Je suis la pierre angulaire qui attise l’amour comme l’aversion, apposée au cœur de leur être. À l’instar de l’ambre gris aux vertus admirables venu des profondeurs abyssales, j’alimente l’afflux vital des cellules éphémères. Aussi dur que l’agate ou que l’améthyste, j’assure l’articulation des corps et l’alignement de leurs attributs. Seul l’homme de science ou le philosophe, voire l’artiste, accorde son attention à mon appareillage. La chair est trop souvent anoblie et s’affiche abusivement dans l’art, mais quand l’artiste a l’audace de m’apposer sur sa toile, hormis Ensor mon apologue, je ne peux apparaître que dissimulé par anamorphose comme auprès des ambassadeurs d’Holbein le Jeune. Mes os et mon crâne asséchés qui constituent pourtant l’armature des corps et l’assurance de leur ambulation, sont réduits à n’être que l’allégorie de la mortelle condition de l’humain apeuré. (406 mots)

 

 

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