Un parfum d’Italie

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« La bibliothèque des coeurs cabossés » de Katarina Bivald

51eGlzVYB+L._SX195_ Un livre qui parle des livres, ça attire, ça intrigue. C’est ce qui m’est arrivé et je n’ai pas été déçue. Voilà un roman qui ressemble à une chronique sans grande ambition d’une petite ville perdue au milieu des champs de maïs dans l’Iowa.

Il n’y a pas d’anecdotes extraordinaires, l’héroïne n’est pas à tomber, ceux qui l’entourent ne sont pas vraiment reluisants, ils ne font pas de discours époustouflants et ne font rien de remarquable. On est en pleine crise économique, les magasins ont presque tous fermé, pas de touriste car il n’y a rien à voir, les gens sont tristes, sans avenir, sans intérêt. L’anti-roman avec des anti-héros.

Et pourtant, ça fonctionne !! Les 500 pages lues sans sourciller, voilà que cette petite ville devenait le cadre de mon imaginaire pendant deux/trois jours. Avec une certaine nonchalance, le temps s’est mis à s’égrener dans la sérénité, l’attention aux autres, une conscience du collectif qui n’affiche pas ses intentions. Subtilité des sentiments, finesse psychologique, humour ou détresse des situations, évolution en douceur des relations. Le quotidien qui peu à peu se colore mais sans grand bouleversement extérieur, tout en nuances où chacun se découvre à pas lents.

Lire ou vivre, plonger dans les livres et vivre par procuration, vivre et ignorer toutes les perspectives de la lecture. Autant de questions soulevées. Lire et vivre, un début de réponse, et comme le suggère Sara, à chacun correspond un livre. Une belle analogie.

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Pérégrinations en Morvan

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Les Plumes 52 de Mai : Le vol brisé

logo-plumes-aspho-4-c3a8me-tirc3a9-du-tumblr-vanishingintocloudsLes Plumes de mai s’inspirent de nos peurs et proposent de frémir et de trembler, de sursauter et de dominer notre vertige. Cette proposition est à l’initiative d’Asphodèle. Vous retrouverez sur son blog son article original : c’est ici.

Les mots à utiliser dans le texte sont les suivants:

Bleu, cauchemar, vertige, avion, tremblement, sursauter, vulnérable, coller, ventre, eau, téméraire, inspirer, méchante, bouleverser.

auxquels sont rajoutés trois titres de livre à insérer dans le récit, le nom de l’auteur est entre parenthèses, pour information…

L’adieu aux lisières (de Guy Goffette) (poésie)
L’étoile d’argent (Jeannette Walls) (roman) 
La femme en vert (d’Arnaldur Indridaso,) (policier).

Les textes des autres participants sont ici sur le site d’Asphodèle !

 

Le vol brisé

Le ciel bleu outremer, parsemé d’éclats scintillants où l’étoile d’argent serait l’œil de Nout, donne au désert des airs d’océan immobile. Nous avons abandonné l’avion qui, dans un dernier tremblement, a explosé à peine étions nous sortis de la carlingue. Nous nous sommes sentis si vulnérables quand ce vol de cigognes s’est engouffré dans les hélices. Nous venions de dire adieu aux lisières septentrionales du massif du Hoggar pour entamer la longue traversée jusqu’à la côte méditerranéenne. Le nez collé au pare-brise, le ventre noué par le décrochage du bimoteur, j’en avais presque le vertige, incapable de redresser l’appareil. Au dernier moment, à cent mètres du sol, je réussis à le cabrer et l’engin sursauta de dune en dune comme un galet projeté sur une eau de braise. L’étouffement du moteur, le grincement du métal tordu et écrasé, résonnaient étrangement dans le silence du désert.

Miss Horseval, la femme en vert qui m’accompagne vêtue comme un pilote américain, complètement bouleversée par ce qui venait de nous arriver, se mit à hurler :

— Toni, ça sent une méchante odeur d’essence ! Faut déguerpir !

Fallait bien que j’abandonne mon vieil engin. La chaleur encore torride des sables pouvait enflammer les vapeurs de carburant à tout instant. Je regardai le chargement. Elle suivit mon regard.

— Ne jouez pas au téméraire, nos vies valent plus cher que ce tas de lettres. Fuyons !

Depuis nous marchons. La nuit nous apporte un peu de fraicheur. Quelques heures de répit avant le début du vrai cauchemar : sans eau, sans radio, sans aucun repère, à des milles de toute oasis, peut-être aurions-nous été plus inspirés de rester auprès de la carcasse fumante dont le nuage noir était visible de loin. (285 mots)

(Toute similitude avec un film sur un patient ou un roman d’un Ex quelconque ne serait pas pure coïncidence)

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Les Plumes 51 d’Avril : Aaaaaah !!

logo-plumes-aspho-4-c3a8me-tirc3a9-du-tumblr-vanishingintocloudsLes Plumes d’avril filent ce mois-ci un tissu d’histoires brodées à coup de « A » , et cela à l’initiative d’Asphodèle. Vous retrouverez sur son blog son article original : c’est ici.

En plus des mots commençant par « A », il faut aussi insérer au texte cette phrase: « La soif ne la (le, me) quittait plus ».

Les 20 mots proposés sont les suivants: Abeille, arabesque, ambre, arpenter, automobile, abricot, actif, azimuté, s’agenouiller, anamorphose, aimer, accroche-coeur, ajouter, affirmativement, approximatif, alléchant, ambiance, ahuri, agir, abreuver.

Les textes des autres participants , c’est ici.

Et ci-dessous, ma participation où effectivement les mots commençant par « A » ont voulu témoigner de leur abondance avec autorité…

Un As de la structure

Je suis ce qu’on peut appeler la « structure », le support du vivant, et pourtant, qui supporte de me regarder en face ? Le châssis d’une automobile n’a rien d’affreux ni d’abject : ajoutez une affriolante enveloppe, un moteur et des assises couleur abricot si vous y tenez, vous obtenez au mieux un bolide attrayant qui va séduire le premier ahuri venu, au pire une pétrolette ahanant tout juste acceptable pour arpenter la campagne andalouse.

J’en ai vu des carrosseries en tout genre et pas seulement dans le domaine de la mécanique. L’animé s’acharne tout autant à s’accoutrer avec art. Des qui font les accroche-cœur, les aimer ne suffit pas, ils exigent l’adoration et pousse leur victime à s’agenouiller devant leurs avantages. Vous avisez quel angle j’aborde ? Celui des humains bien sûr, pas des abeilles, ni de tout autre hyménoptère qui m’expose à l’extérieur avec aménité et authenticité. L’humain s’affirme lui par l’apparence et abstrait l’arrogance que je peux avoir parfois. Ici, point d’asexué ni d’aboulique dans mon approche. À partir d’une addition approximative des atouts de l’affolante Aphrodite, l’amoureux adoube ce qu’il admire, apprécie ce qui l’asservit même si cela l’amène à agir comme un abruti, un aliéné, un absolu crétin affirmativement azimuté devant l’alléchante proie.

Il avoue son amour en mille arabesques verbales, il abreuve d’adjectifs ardents l’attirante Artémise, adoucit l’ambiance de son antre austère et l’accueille avec ardeur. Cet hyperactif hormonal attend l’apogée de l’action de ses artifices. L’autre, avertie de ses attraits, a appris que la soif – comme le désir – ne les quitterait pas tant qu’ils n’auraient pas assouvi l’appétit de leurs chairs altérées.

Je suis la pierre angulaire qui attise l’amour comme l’aversion, apposée au cœur de leur être. À l’instar de l’ambre gris aux vertus admirables venu des profondeurs abyssales, j’alimente l’afflux vital des cellules éphémères. Aussi dur que l’agate ou que l’améthyste, j’assure l’articulation des corps et l’alignement de leurs attributs. Seul l’homme de science ou le philosophe, voire l’artiste, accorde son attention à mon appareillage. La chair est trop souvent anoblie et s’affiche abusivement dans l’art, mais quand l’artiste a l’audace de m’apposer sur sa toile, hormis Ensor mon apologue, je ne peux apparaître que dissimulé par anamorphose comme auprès des ambassadeurs d’Holbein le Jeune. Mes os et mon crâne asséchés qui constituent pourtant l’armature des corps et l’assurance de leur ambulation, sont réduits à n’être que l’allégorie de la mortelle condition de l’humain apeuré. (406 mots)

 

 

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« Le journal intime d’un arbre » de Didier Van Cauwelaert

Voilà un auteur, Didier Van Cauwelaert, qui ne cesse de me réjouir à la lecture de ses livres. La liste est longue des déjà lus, mais trop ancienne pour que ma mémoire restitue en détail les éléments marquants des histoires qu’il raconte.9782253166542-TEn revanche, celui-ci, je viens de le lire bien qu’il soit paru en 2013 chez Michel Lafon (l’âge ne fait rien à l’affaire, les bons livres, c’est comme les bons crus, ils se bonifient avec le temps).

La narrateur est un arbre, un poirier, vieux de 300 ans, qui vient de choir sur la pelouse sous le coup d’un vent mauvais. Cet arbre pense, ressent les états d’âme des êtres humains qui l’approchent, l’aiment, le prennent pour confident; il perçoit leurs pensées et voyage avec eux si le lien entre eux reste vivace.Une infime parcelle de son bois restitue sa conscience et l’éveille à la situation qui se présente.

Témoin d’un bel amour, confident d’une artiste douée et militante, inspirateur d’un écrivain bohème, observateur d’un passé qui se rappelle à lui épisodiquement (car il y a un mystère qui cherche à s’exprimer sur son origine, je n’en dirai pas plus !), il ne peut s’empêcher de se sentir concerné par les humains, leurs humeurs et leurs excès. L’occasion pour Didier Van Cauwelaert de nous transmettre son ressenti de l’intelligence des arbres, son amour et son respect pour eux, son engagement pour la préservation des forêts et de toute forme de vie dont certains humains s’acharnent sans conscience à programmer la destruction totale pour augmenter uniquement leurs profits.

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publié sur le krapo arboricole : Le vieux poirier de Varengeville-sur-Mer (Seine-Maritime)

Que ce soit un arbre qui parle permet à l’auteur un recul intéressant face aux comportements humains : l’arbre, dépourvu d’émotions bien qu’empathique, ne juge pas, ni le voleur, ni l’assassin, ni le manipulateur. Il décrit les faits et laisse le lecteur réagir à sa façon. Le végétal a le temps pour lui, il fonctionne en vaste système de vie solidaire  et, même si les humains détruisent et exploitent le vivant (minéral, végétal, animal et humain), une régulation s’instaure pour un équilibre planétaire, pas seulement à coup de cataclysmes et de dérèglement climatique. Le vivant est plein de ressources insoupçonnées pour se perpétuer en dépit des prédateurs saccageurs.

Ce livre fait écho  au « Dictionnaire de l’impossible  » tome 1 et 2 écrits aussi par Didier Van Cauwelaert, recueil dans lequel il rapporte des histoires extraordinaires (fondées et réelles) où les anecdotes concernant les arbres ne manquent pas, inspirées souvent par son grand ami Jean-Marie Pelt, botaniste et pharmacien qui a fait au cours de sa carrière des découvertes fondamentales sur l’intelligence des végétaux (intelligence = l’art de se mettre en lien / même étymologie que le mot religion, dixit van Cauwelaert)

Extrait:

De son côté, Manon a forgé son pseudonyme d’artiste  à partir de mon surnom: Tristane. M’a-t-elle fait évoluer autant que je l’ai transformée? Il me semble. Durant tout le temps où elle m’a travaillé, retravaillé sans cesse pour que je devienne l’image qu’elle avait d’elle-même, nos échanges émotionnels et tactiles ne m’ont pas laissé de bois. En me donnant forme humaine, d’une certaine façon, elle m’a humanisé. Elle m’a permis l’accès à la sensibilité dont un végétal n’a que faire lorsque, programmé pour la croissance, la pollinisation et la photosynthèse, son rôle se borne à pousser des feuilles, porter des fruits et fabriquer de l’oxygène à partir du gaz carbonique. En vie active, j’étais soumis aux lois de mon espèce; aujourd’hui, je suis devenu le produit d’un style. Je m’appelle ‘Rêve de l’Arbre’. Je suis un Tristane.

 

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Aujourd’hui, le printemps

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